Un roman bouleversant
Le glissement irrésistible d'un homme vers la déraison
4e de couverture
Cette petite fille promise au pire, parce qu'elle vivait dans un monde trop adulte, j'ai voulu la sauver, en la prenant avec moi, en lui proposant tout ce qu'elle n'aurait jamais eu chez sa mère ; je ne pouvais pas imaginer plus irrésistible descente aux enfers.
Je pense tout à coup à ces poupées cosaques avec une toque noire et un habit rouge, le visage sévère barré d'une moustache tombante, et dont les jambes et les bras s'agitent bizarrement de gauche à droite, au gré de l'enfant qui en tire les ficelles. Leur faciès patibulaire, immobile et inexpressif, augmente encore l'effet des membres. Ils ont l'allure de ce qu'ils sont : des pantins futiles.
Serai-je un jour l'un des leurs, petit homme aux membres articulés, qui a besoin de s'agiter au bout d'une ficelle pour se sentir vivant ?
19.00€
aux éditions L'Harmattan,
ISBN 978-2-296-55279-1 format 13x21cm 206 pages
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AVIS DE PUBLICATION POSITIF
par Daniel COHEN, directeur littéraire pour L’Harmattan 15/05/2011
Le texte de Ron DORLAN, venu de Belgique, aurait pu être lesté des poncifs que les Français affectent de trouver dans le tempérament des Belges.
Dieu merci, cette peinture surréaliste est riche à sa manière, dans son écriture, comme dans son style, donne au final un texte intéressant et engagé à sa manière, avec l’humour et une certaine férocité dans des scènes pleines d’énergie.
Les défauts de cette œuvre ne sauraient ternir ses qualités. Nous lui accordons un visa d’entrée dans la collection « Écritures »
Extrait
Le matin, enfin !
Cette nuit a été longue, presque éternelle. C'était comme si les premiers rayons ne parvenaient pas à traverser la couche de plusieurs kilomètres de nuages qui obscurcissait la ville. Mais le soleil a-t-il encore le courage de se lever, après cette ignominie ? Aura-t-il la volonté d'éclairer ce tableau horrible, que les ténèbres avaient pudiquement recouvert ?
À cet instant précis, le ciel opalin diffuse une faible clarté sur l'impasse, mais la lumière ne parvient pas encore à entrer dans la chambre, à se faufiler à travers la tenture. La crainte, sans doute, d'éclairer l'acte monstrueux, que j'ai commis hier soir.
À l'intérieur, tout est encore baigné des miasmes de la nuit. Une clarté embuée, comme mon regard sur cette scène de crime, distille ses couleurs sur le piètre mobilier. Cette fois, il est l'heure, je suis presque impatient d'agir. Il faut ouvrir la tenture, comme un lever de rideau sur ma tragédie. Le cri des anneaux glissant sur le rail déchire le silence, et un peu de jour se glisse sur les dessins grossiers du tapis mural, sur le lit défait, sur le sol.
Sur le petit fauteuil aussi, que j'évite cependant de regarder. Je sais ce qu'il y a là ; je n'ai plus envie de le voir. Je l'ai contemplé toute la nuit, en fermant les yeux, en les ouvrant, en jetant mon regard dans l'obscurité. Je ne voyais rien, mais tout était toujours présent, irrémédiable, incontrôlable. Comme l'œil de Dieu.
Je ne suis pas responsable ! Je le jure, je ne suis pas responsable. Pas vraiment. C'est un toboggan, sur lequel je me suis engagé sans y prendre garde, comme un enfant. J'ai prononcé une parole, et le reste a suivi, inéluctable, définitif. Un élan de générosité qui dérive, dérive, devient incontrôlable, et aboutit ... à çà !
Depuis hier, samedi, à trois heures de l'après-midi, je n'ai ni bu, ni mangé. Je ne suis pas sorti de ma chambre. Assis pendant toute la soirée sur l'unique chaise, que j'ai glissée devant la fenêtre, j'ai regardé au-dehors, vivre les quelques êtres humains qui se fourvoyaient dans l'impasse. Elle finit en terrasse, à une vingtaine de mètres seulement de la rue de Ruysbroek, arrêtée par un mur grisâtre. Elle menait jadis à un hôtel de maître, lui aussi transformé au cours des siècles. À l'entrée, une petite plaque bleue aux lettres blanches vous prévient : Impasse saint Jacques. Ce qui signifie que si vous vous y engagez, il vous faudra ressortir par là. Des pas inutiles, en somme. Des dizaines de flâneurs passent devant l'accès en forme de porte cochère, vers la place du Sablon, sans en soupçonner l'existence, ou renonçant aux pas inutiles. Parfois, certains téméraires s'engagent sous le petit tunnel, découvrent la ruelle bordée de boutiques surprenantes et de restaurants exotiques autant que discrets. C'est une petite venelle d'à peine deux mètres cinquante de largeur et longue de soixante, aux pavés inégaux, avec le vent qui s'engouffre par le tunnel, roule sur les vieilles façades, hurle dans le fer forgé des lanternes à l'ancienne. On y est loin de l'exubérance de la place, de l'ambiance festive des antiquaires et brocanteurs. Ici, on se retrouve comme dans une sorte d'expiation : le chemin de saint Jacques de Compostelle. Cette ruelle n'a rien d'exubérant. Tout y est calme, sans luxe, sans volupté. Et pourtant ...
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